Created by dipity on Feb 18, 2010
Last updated: 05/04/10 at 05:28 PM
— L’ai-je compris lorsque j’étais pioupiou ? Ma vie valsa sur une autre toupie.
— Quoi ?
— Poète, poésie…Les mots qui transforment les courges en princesses
— Je ne comprends pas !
— Ce sont des mots d’imbéciles qui désignent des imbécillités.
— Oh ! Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ?
— Bastà ! Avant de vous entretenir longuement de l’existence et de tout ce qui est veule, de tout ce qui me répugne, il faut poser des grands principes. Des axiomes boiteux en quelque sorte. Savoir comment les mots trahissent une route cachée sous les détritus. Poètes et poésie sont des mots à bannir d’urgence.
Ne les prononcez jamais sans penser combien ils trahissent parce qu’ils ont été trahis.
Monsieur est-il poète ? La poésie de Monsieur est avancée !
Pour être avancée, on peut dire qu’elle l’est. Bouffée au cœur du potiron.
— Allons, allons, soyez sérieux ; des mots, juste des mots faites-en ce que vous en voulez, mais ils ne sont responsables de rien.
— Détrompez-vous !, ils portent la gangrène des temps passés et, au présent, il est plus que l’heure d’amputer.
À midi passé, allongé sur cet austère banc du hall de la Compagnie de Transport Inter Urbain, un homme vêtu de haillon dormait avec un tube de peinture à l’huile entre les dents. Cet infortuné, dont le visage avait une à la pilosité sèche et drue, comme des bosquets sur une steppe, donnait l’impression d’un pauvre type venu en chemin de fer de la lointaine Sibérie.
Le bureau de la secrétaire de l’urologue, dans son décor de style nouille m’est apparu plus affligeant que de l’urine rare.
On peut aimer Beaumarchais, et cependant ne pas marcher que pour arriver.
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Va, perds tout ce que tu as,
c’est cela qui est le tout.
Djalâl al Dîn Rûmî n’arrivait pas à fermer l’œil cette nuit-là. Et son esprit tournait en rond. Tournait-il ? Il pensait au regard qu’elle lui avait lancé. Ce regard. Comme celui d’Allah le jugeait, le rendait coupable. En vérité, il s’agissait d’un regard d’amour, plus doux que la plus douce datte du plus vieux palmier d’Emjiouha. Alors il pensa qu’il devait écrire un long poème sur ce regard. En aurait-il la force, il lui faudrait une énergie colossale. Une énergie comme celle qui vient du ventre de la terre ; également il lui faudrait redécouvrir ce qu’est la douceur, cela serait encore plus difficile, car pour la qualifier, à part le lait, les dattes et le miel, ici, on ne possède rien d’autre.
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Je ne serais jamais assez reconnaissante à monsieur Montalbi, chef de la voirie municipale qui, mettant la main à la pâte, pour aider son personnel incompétent, désigna, au carrefour de la rue Gerber, pour mon emplacement, le poteau de sens interdit.
Bien entendu cet homme de bien n’a pas choisi n’importe quelle poubelle ! Il m’a choisi, moi, le nouveau modèle en plastique ignifugé et incassable, moi, que mes géniteurs ont appelé Sylvianne. Pour tout dire : Sylvianne de la Marchie. Pourquoi une particule pour une poubelle ? Pourquoi pas ? Mes parents sont les descendants luxueux de plus d’un siècle d’expérimentations industrielles et esthétiques. Par la grâce de notre modèle, nous devenues sommes les aristocrates de la conservation momentanée des déchets, de leur centralisation avant récupération et retraitement. Frappées du blason de notre municipalité, nous sommes fidèles au poste, la gueule d’azur grande ouverte pour que la propreté règne. C’est de par notre servitude et notre grandeur envers la perpétuation souveraine de la propreté que nous devons nos états d’anoblissement.
L’air de rien, nous sommes indispensables au bien publique et irremplaçables dans nos fonctions. Sans nous, sans notre présence indispensable aux points névralgiques, la cité ne serait qu’un amas de détritus. Le chaos et l’anarchie s’y répandraient. D’autre part, toutes sortes d’épidémies s‘étendraient dans le tissus urbain, puis au-delà, mettant fortement en danger l’espèce humaine et la vie proprement dit. La propreté n’est-elle pas la condition sine qua non du progrès de la conscience universelle ?
Moi, Sylvianne de la Marchie, fidèle au poste du carrefour de la rue Gerber, je veille au grain pour que l’hygiène soit.
Tout cela semblerait idyllique si notre tâche n’était pas compliquée par l’horreur de notre existence au quotidien. L’expression, « une vie de chien », pour désigner une triste existence devrait être remplacée par « une vie de poubelle d’aujourd’hui », car les chiens, eux, nous pissent dessus et le citoyen que nous protégeons, en général, ne nous témoigne aucun égard. Feu, bombages, vomissures, mégots écrasés, préservatifs percés, coups de seringues sur notre peau sensible, j’en passe et des meilleures : voilà le lot de notre quotidien. Arrivés directement de la maternité, propres et naïves, nous sommes déjà prêtes à servir, la gueule d’azur bée pour les humains. Or, tout de suite, notre vie va dévier avec les premiers coups de pieds et les cannettes de bières en pleine figure. La plupart d’entre-nous, les plus faibles d’abord, vont faire les frais de cet incivisme global. Les pauvres petites, fraîchement émoulues, vont vieillir à la vitesse de la lumière des lampadaires. Quelques jours suffiront pour qu’elles commencent à ressembler à ce qu’elles contiennent et peu a peu, Ô misère !, le contenant devient le contenu. La nuit pour nous ne porte pas conseil. Le service nocturne n’est pas pour une poubelle un moment de tout repos. Bien au contraire, c’est ce à moment que sortent les loups des villes. Tout ce que l’irrespect permet d’infliger à un individu normalement constitué, et en particulier une gentille petite poubelle, va nous être admis sans concession. Les chiens, les enfants, les drogués, les gangs de quartiers vont déverser sur nous leur lie. Depuis le manque de savoir vivre des citoyens ordinaires à la haine extraordinaire (compréhensible ?) des citoyens des zones périphériques, nous sommes les victimes muettes et soumises. Cela dit, ne croyez pas que nos ennemis appartiennent à une classe, une catégorie, ou une ethnie particulière. Les cols blancs ne sont pas en reste avec leurs mollards bien raclés. Et, me croiriez-vous si je vous disais qu’il n’est pas rare de recevoir en plein visage, de la part de femmes conditionnées dans du vison, leurs serviettes périodiques. Oui, témoins exceptionnels des incivilités aussi flagrantes que cachées, nous constatons combien la majorité des humains et leurs animaux domestiques n’ont la notion du respect que pour la façade ou s’ils ont quelques raisons d’avoir peur. Moi, Sylvianne de la Marchie, devant ce dantesque déferlement d’hostilité civique et les vices de notre siècle, je ne perds pas courage. Malgré ces affreux malheurs, j’ai l’espoir d’un avenir radieux propre et sans taches. Comment pourrait-il en être autrement ? Nous, nobles poubelles, envers et contre tout, nous croyons à l’histoire. Affronter l’adversité avec zèle fait partie de nos gènes. Je regarde le monde au fond de ses entrailles, je vous regarde, mesdames et messieurs, je n’agrée aucun de vos bons sentiments, je connais trop vos sangs, vos pleurs et vos dépits ; j’aurais beaucoup à vous apprendre sur ce que vous êtes en vérité. Alors, pourvoyeurs d’ordures, permettez que je vous raconte vos vies, ce mélange de merveilleux et d’exécrable, les histoires d’une de vos poubelles et vos poubelles de l’histoire.
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Chers amis, que de choses !
Que de choses ensembles, des bornes sur des mauvaises routes. Confidences des non dits et jalousies des confiances, et nos petits mensonges pour poncer les aspérités pour rendre les rampes de nos escaliers douces, comme ce fameux miel qui coulait le long des pentes d’Exodus ; exactement le long des pentes de toutes les exodes vers le dernier étage. Miel de l’amitié qui dure et miel qui coule comme des larmes sucrées et encore miel salé et encore miel âcre de pin et de cimes enneigées que les enfants viennent de descendre à tombeau ouvert. Tombes fermées où nous espérons nous rejoindre pour la fiesta de nos rêves. Rêve, fiesta.
Fiesta d’une société que nous seuls sommes capable d’imaginer, celle-là, même que les bornés ne comprendront jamais. Et notre rêve magique, non pas le cauchemar ressassé, mais celui qui apporte une bonne nouvelle à l’aube inouïe.
Chers amis que de malheurs surmontés, et puis que de rancœurs filtrées. Hormis ces moments rares où nous avons entraperçu des beautés que nous avons crues infinies, nous avons – c’est le meilleur – préparé l’aire d’accueil de ces beautés pour qu’une Epiphanie se réalise dans le creuset blanc de nos œuvres. Œuvres, douceurs, beautés et Lollipop.
Tout ça sonne bancal, me direz-vous ?
Vindieu ! Vinasse et déesse à tracer au cordeau.
Nous qui ne croyons en aucune divinité, sauf peut-être à l’idée poétique de beauté divine, buvons ce calice qui reste avec le rire qu’il convient et nous vivrons jusqu’à la fin des temps qui nous sont comptés. Temps liquides, liquidés au suplice des liquidités.
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En quittant Carnac je me suis senti dépité. Ce site ne ressemblait pas à ce que j’avais imaginé et tout était comme dans mon ancienne cours d’école du primaire : plus petit, plus triste. Et les touristes (dont ma pomme)!, comme c’est pénible ce déambulatoire multicolore et piailleur.
Attention aux mythologies bazardisées, elles peuvent décevoir. Ainsi on fini par être déçu par soi-même. Souvent c’est le signe d’une nécessité de changer d’arme de poing. Carnac a une grande importance historique, certes (genre de phrasé gonflant), mais, contrairement à Naples, on peut continuer de vivre sans voir Carnac.
J’a i lu :
Fin 1956, un Archéologue du nom de M. Roulard entreprend un certain nombre de fouilles au cœur du prestigieux site de Vix. Au bout de quelques semaines d’investigations, il en conclut que celui-ci date, au moins, du VIème siècle avant J.C. Peu de temps après, il y met au jour un Sépulcre monumental, à l’intérieur duquel il découvre le cadavre d’une femme, ainsi que le plus fabuleux trésor Celte jamais sorti de terre. Ce qui lui fait écrire à son propos :
« Je suis persuadé qu’à Vix, les Celtes ont dû ériger des dizaines de sépultures. Ils ont dû les bâtir à l’aide de pierres brutes ; puisqu’ils croyaient que la roche prélevée sous cette forme, était révélatrice des Forces Souterraines et Telluriques de la planète. Ils ont également dû élever leurs Caveaux Circulaires, de sorte que leur entrée se retrouve au Centre du Monument, et que les Sarcophages qui y étaient rangés, soient dirigés vers l’extérieur. Je me demande d’ailleurs si cette manière de procéder n’est pas issue d’un Savoir détenu par les précurseurs de leurs Druides ? Et je m’interroge aussi sur le fait que, si cela a été le cas, si ils ne considéraient pas les résidus de cette Connaissance comme ayant le Pouvoir d’Invoquer des Divinités Solaires – telles Belen ? Ou, si ce n’est pas pour cette raison qu’ils ont toujours construit un autel constitué de deux pierres verticales surmontés d’une roche très large, non loin de l’entrée leurs hypogées ? ».
C’est décidé, je ne vais pas vaticiner ; vite, je vais visiter Vix, qu’il pleuve ou qu’il vente ; vivre pour visiter et voir (Ah ! la femme de Vix, plus Vixieuse qu’on ne le pense), mais j’espère ne pas être déçu… Non, surement pas, il y a le vase. Ce fameux vase de Vix. Ah un vase !, et la vie est une valse. Il ne peut rien arriver à l’espèce humaine s’il reste un vase, un seul, à casser. Vase, Vix, Vixieuse.
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Pour les Tibétains, il y a 18 empires des démons.
Le 13 septembre 1356, à Valpresi Del Monte sous une tonnelle d’où pendaient des pampres envahis par les abeilles de ses ruches, Marco Valesi finissait de rédiger son traité des 18 points d’espaces essentiels. Des siècles d’amnésie ont tournés autour d’un astre jaune. Personne n’a jamais lu ce traité et la science a ainsi perdu les possibilités d’un raccourci conceptuel de 700 ans.
Le 24 juin 2000, dans le bureau de son F4 situé en banlieu nord de Porto, Camoïs Belgrande vient de terminer la rédaction de son manuel théorique sur les 18 points essentiels de l’espace/temps. Le monde va changer de bases nous n’étions rien. Allons-nous faire semblant d’être tout ?
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Voilà !
ici
ici pas de foule au buffet car on y accède de chez soi.
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Nous reviendrons toujours à Bossuet.
Dans son Oraison à la Reine d’Angleterre, quand le prédicateur infléchit le ton vers une expression d’humanité élémentaire : Alors, quand les malheurs nous ouvrent les yeux, nous repassons avec amertume sur nos faux pas : nous nous trouvons également accablés de ce que nous avons fait, et de ce que nous avons de faire ; et nous ne savons plus par où excuser cette prudence présomptueuse, qui se croyait infaillible.
Jugement dernier, nouveau réalisme, tous les jours sur la terre.
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La mer, l’amphore messagère, l’hydre sans tête, la mythologie de Tiamat, Vénus et la vie moulue, Pompeï, le Point d’Appui Universel, les cavernes à main nues et les diadèmes, les cônes fluorescents, le trapèze gris, les esclaves initiées, les étreintes des choses invisibles, sur le plan incliné de Galilée tout cela glisse et se perturbe. Tout cela glisse et se perturbe sur les flots infinitésimaux des fluctuations de concepts. Et il en est allé ainsi de mes pinceaux pourris, de ma paire de tenailles neuve, de la poussière qu’occasionnent l’érosion du sens et les vieilles mémoires modernisées à la chaux vive.
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Oui ! le monde continue à m’émouvoir ; encore, encore et toujours plus. Les dorures s’effacent, crevant de solitude, les machines rouillent, seuls les parfums sont en contact avec le futur. Pierre qui avoue à Natacha : je suis l’homme le plus beau, le plus intelligent et le meilleur du monde, celui à l’âme épanouie devant la comète qui meurt et meurt sans cesse.
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